Les principes de base

Les principes de la Transition sont très importants car ils définissent notre manière d’observer et analyser les situations, d’élaborer des réponses et d’interagir avec les gens. Ils comptent, car le contexte dans lequel nous évoluons peut nous bousculer, et il est vraiment utile d’avoir quelque chose de solide à quoi se référer. Ils comptent aussi car ils permettent à nos partenaires quotidiens de mieux comprendre notre approche et nos spécificités.

Ce sont les principes auxquels le Réseau Transition et le Transition Network aspirent en tant qu’organisations, et nous les mettons en pratique de telle manière que d’autres personnes en transition puissent aussi les adopter.

Comme tout le reste, ils ne sont pas coulés dans le béton, et si le monde de la transition estime qu’ils ont besoin d’évoluer, nous serons heureux d’accueillir les propositions. Cette page est ouverte aux commentaires dans cet objectif.

Sur cette page, vous découvrirez les principes de la Transition, les principes de la permaculture et les caractéristiques des systèmes résilients – tous ces éléments font partie des fondements de la transition.

Les principes de la Transition

1. Vision positive

Pour créer, nous devons d’abord avoir une vision :

  • Si nous ne pouvons pas imaginer un avenir positif, nous ne serons pas en mesure de le créer.
  • Un message positif aide les gens à s’engager face aux défis de notre époque.
  • Le changement a commencé – notre choix se pose entre un avenir que nous choisissons ou un autre que nous subissons.
  • Les Initiatives de Transition s’engagent dans la création d’une vision tangible, claire et concrète de leur territoire au delà de sa dépendance actuelle aux combustibles fossiles.
  • Notre objectif principal n’est pas de se battre contre des choses, mais plutôt de développer des projets positifs, engageants et attractifs.
  • La création de nouvelles histoires et mythes est au centre de ce travail de visualisation.

2. Donner l’accès à une information de qualité et faire confiance aux personnes pour prendre les bonnes décisions

  • Les Initiatives de Transition, au travers de leurs activités, informent et conscientisent au sujet de la fin de l’énergie bon marché et des changements climatiques, ainsi qu’aux enjeux qui y sont liés, comme la fin de la croissance économique. Ce faisant, elles reconnaissent leur responsabilité de présenter cette information de manière accessible, articulée, ludique et engageante. Et aussi d’une manière qui permettent aux personnes de se sentir enthousiastes et capables de faire quelque chose plutôt qu’impuissantes.
  • Les Initiatives de Transition donnent au public la version la plus proche de la réalité connue au moment présent, notamment lorsque l’information disponible est profondément contradictoire.
  • Les messages sont non-directifs, respectent les capacités de chaque personne à trouver une réponse appropriée dans leur situation.

3. Inclusivité et ouverture

  • Pour réussir, les Initiatives de Transition ont besoin d’un rassemblement sans précédent de la grande diversité de la société. Elles s’assurent donc que leurs processus de prise de décision et leurs groupes de travail incarnent les principes d’ouverture et d’inclusion.
  • Ce principe se réfère également à atteindre la communauté dans son entièreté. A s’efforcer, dès les premières étapes, d’engager les milieux économiques et entrepreneuriaux, les milieux associatifs et les autorités locales.
  • Il rend explicite que pour relever le défi de la descente énergétique, il n’y a pas de place pour une pensée de type « eux et nous ».
  • Dans un projet de transition réussi, toutes les compétences sont précieuses, car il y a tellement de choses qui s’y passent.
  • Nous avons besoin de personnes qui écoutent bien, de jardiniers, de gens qui aiment fabriquer et réparer, de belles fêtes, de discussions, d’ingénieurs en énergie, d’art et de musique inspirante, des constructeurs, des planificateurs, des gestionnaires de projet.
  • Venez avec votre passion comme contribution –  et s’il n’y a pas de projet dans le domaine qui vous passionne, créez-en un !

4. Activer le partage et la mise en réseau

  • Les Initiatives de Transition partagent leurs succès, les échecs, les idées et les connexions aux différentes niveaux du réseau transition, de manière à mettre en place un large partage de l’expérience collective.

5. Bâtir la résilience

  • Ce principe souligne l’importance fondamentale de développer la résilience, qui est la capacité de nos entreprises, des collectivités et des lieux de vie à faire face aussi bien que possible aux chocs.
  • Les Initiatives de transition s’engagent à développer la résilience dans un large éventail de domaines (alimentation, économie, énergie, etc) et aussi à différentes d’échelles (du local au national) comme cela semble approprié – et d’intégrer leurs actions dans le contexte global où il y a une nécessité de faire tout notre possible pour assurer la résilience environnementale en général.
  • La plupart des collectivités dans le passé avaient – il y a encore une génération ou deux – les compétences de base nécessaires à la vie telles que la production et la conservation des aliments, la confection de vêtements, et la construction avec des matériaux locaux.

6. Transition Intérieure et Extérieure

  • Les défis auxquels nous sommes confrontés ne sont pas seulement causés par une erreur dans nos technologies. Ils sont aussi un résultat direct de notre vision du monde et de notre système de croyance.
  • L’impact de l’information sur l’état de notre planète peut générer de la peur et de douleur – qui peuvent être à la base de l’état ​​de déni dans lequel on trouve de nombreuses personnes.
  • Des modèles psychologiques peuvent nous aider à comprendre ce qui se passe réellement et éviter que des processus inconscients sabotent le changement. Par exemple, des modèles de traitement des dépendances et des modèles de changement de comportement.
  • Ce principe honore aussi le fait que la Transition se développe parce qu’elle permet et soutient les personnes à faire ce qui les passionne, ce qu’ils se sentent appelés à faire.

7. La Transition fait sens – la solution est de la même taille que le problème

  • Beaucoup de films ou de livres donnent à penser que changer les ampoules, recycler et conduire des voitures plus petites peut être suffisant. Cela provoque un état appelé «dissonance cognitive», un état dans lequel vous avez reçu une réponse, mais où vous savez qu’elle ne va pas résoudre le problème.
  • Nous observons l’ensemble du système et pas uniquement un seul problème, parce que nous sommes confrontés à des défaillances au niveau du système entier et pas à un problème isolé.
  • Nous travaillons avec la complexité, nous imitons la nature par des stratégies de résolution de problème basées sur les solutions.

8. Subsidiarité: auto-organisation et prise de décision au niveau approprié

  • Ce dernier principe consacre l’idée que l’intention du modèle de transition n’est pas de centraliser ou de contrôler la prise de décision. Nous travaillons avec tout le monde de sorte qu’elle est pratiquée au niveau le plus approprié, le plus pratique et le plus autonomisant. Avec comme inspiration la capacité des systèmes naturels à l’auto organisation.
  • Nous créons des méthodes de travail qui sont faciles à copier et qui se diffusent rapidement.

Les principes de permaculture

La permaculture, est au cœur des initiatives de transition.

Les initiatives de transition sont une application des principes de la permaculture à l’échelle d’un village, d’un quartier, d’une ville, mais aussi au niveau social et sociétal. Rob Hopkins, avant de lancer avec d’autres la première initiative de transition et le Transition Network, a d’ailleurs été enseignant en permaculture pendant une dizaine d’année. Pourquoi avoir changé de cap pour lancer ce mouvement ? Et comment se traduit concrètement cette application de la permaculture ? Quelle peut être la place des permaculteurs dans une initiative de transition ?

De la permaculture à la transition

Lorsqu’ il a découvert en 2004 l’urgence des défis liés à la raréfaction des énergies fossiles qui s’ajoutaient une conscience des enjeux climatiques, Rob Hopkins était formateur en permaculture à Kinsale. Il a donc naturellement utilisé les principes pour formuler une tentative de réponse avec ses élèves. Il s’est aussi demandé pourquoi le mouvement qu’il affectionnait occupait si peu de place dans la société. Il explique dans le Manuel de Transition que « La permaculture, telle que Holmgren l’a redéfinie, est un mouvement qui propose un système de conception et le fondement philosophique pour une société après le pic, tout en ayant le tort de se maintenir à distance de cette société ». Ainsi, Rob en appelle aux maraîchers, pépiniéristes, constructeurs d’éolienne individuelles, artisans ébénistes… afin qu’ils viennent apporter leur expérience pratique et d’observation là où la majorité de la population commence à réaliser que le monde ne tourne plus rond.

Principe Expression Un exemple
Observer et interagirLa beauté est dans les yeux de celui qui regardeDécouvrir ce qui se passe déjà sur place avant de commencer tout projet.
Collecter et stocker l’énergieFaire les foins tant qu’il fait beauUtiliser l’énergie qui vous est inspirée par le modèle de Transition – créer beaucoup de moyens pour les gens de vous rejoindre et vous apporter un soutien.
Obtenir un rendementOn ne peut pas travailler l’estomac videRécolter les idées lors des événements, avec des post-its ou sur des affiches.
Appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactionsLes fautes des pères rejailliront sur les enfants jusqu’à la septième générationCréer des espaces où les habitants peuvent vous faire savoir ce qu’ils pensent. Inclure l’évaluation et l’évolution dans vos plans.
Utiliser et valoriser les ressources et services renouvelablesLaisser faire la natureTravailler avec les courants, les tendances et les projets existants quand c’est possible.
Ne produire aucun déchetPas de gaspillage, pas de manqueFaire preuve de psychologie pour éviter les conflits lorsque cela est possible
Partir du général pour aller vers les détailsC’est l’arbre qui cache la forêtPlanifier la descente énergétique. Avoir une vision stratégique autant que du détail.
Intégrer plutôt que séparerPlus on est nombreux, moins le travail est durPartenariats, partenariats partenariats !
Utiliser des solutions à petites échelles et avec patiencePlus on est grand, plus on tombe de haut. Rien ne sert de courir, il faut partir à point.Donner aux groupes le temps de se former et de grandir avant d’attendre de l’action.
Utiliser et valoriser la diversitéNe mettez pas tous vos œufs dans le même panier.« L’un et l’autre » plutôt que « l’un ou l’autre » – faisons-le de votre façon et à la mienne.
Utiliser les interfaces (frontières) et valoriser les éléments en bordureLa bonne route n’est pas toujours la plus fréquentéeLes frontières entre les systèmes sont des lieux intéressants – entre les mouvements existants et nouveaux, les autorités locales et les entreprises, les plus jeunes et les plus vieux.
Utiliser le changement et y réagir avec créativitéLa vision n’est pas voir les choses comme elles sont, mais comme elles serontGarder la vision ouverte, active et créative – ne pas l’arrimer ni arrêter son évolution.

Pour mettre cette approche en pratique, il démarre alors l’expérimentation du processus de transition. Les principes éthique et de conception de la permaculture restent aujourd’hui un des fondements principaux de cette approche qui vise à concevoir et concrétiser des stratégies de descente énergétique vers des économies locales vivantes, soutenables et résilientes. Nous allons maintenant découvrir quelques traductions concrètes des principes de permaculture dans les initiatives de transition, illustrées d’exemples de chez nous.

Observer et interagir

Lorsque l’on démarre une initiative de transition, une étape importante est de découvrir au maximum ce qui se passe déjà sur le territoire, que cela s’appelle transition ou non, avant de commencer tout projet. On va identifier les points forts, les éléments présents et favorables à la transformation vers un mode de vie résilient. Ce faisant, on va aussi découvrir ce qui manque et choisir des projet qui font sens pour le groupe et pour le contexte local particulier. Par exemple, s’il existe déjà un groupe d’achat de produits locaux mais peu de producteurs qui travaillent de façon soutenable et peu d’autoproduction d’alimentaire locale, on pourra mettre l’accent sur des jardins partagés, des bacs d’incroyable comestible ou des jardins collectifs, mais aussi favoriser l’installation de maraîchers professionnels ou d’une coopérative de producteurs sur le territoire.

Collecter et stocker l’énergie

Pour transformer la culture et l’économie locale afin de faire face aux défis actuels, l’énergie qu’un groupe de quelques personnes peut donner un soir par semaine a peu de chance d’être suffisante. Pour que les projets bénéficient des moyens matériels, humains et financiers nécessaires à leur réalisation, on va donc multiplier les stratégies pour permettre à de nouvelles personnes de rejoindre ou initier des projets, mais aussi pour nous apporter un soutien matériel ou financier. C’est ainsi que certaines initiatives ont mis en place un groupe spécifique pour toucher de nouveaux publics et intégrer de nouvelles personnes à leurs projets. D’autres sont très actives pour monter des partenariats avec d’autres organisations et les aider à intégrer la notion de résilience dans leurs objectifs. D’autres encore deviennent des associations ou collaborent avec des associations existantes pour pouvoir recevoir des dons, des subsides ou même engager du personnel salarié pour certaines tâches.

Utiliser des solutions à petites échelles et avec patience

Lorsque l’on observe le monde autour de nous, on s’aperçoit que les défis sont nombreux et alarmants. De nombreuses organisations tentent de faire changer les choses en influençant les pouvoirs politiques et économiques, notamment lors de grandes conférences internationales. Les résultat de ces conférences sont généralement bien décevants en rapport avec les espoirs et l’énergie investie.

Dans les initiatives de transition, plutôt que de vouloir changer les choses en agissant au niveau global, un niveau qui peut être impressionnant et décourageant, on va commencer par vouloir changer dans son quartier, sa ville, avec des personnes proches. Là où l’impact de nos actions peut être visible. Et même au niveau local, plutôt que de mobiliser beaucoup d’énergie pour peu de résultat, on choisira de préférence les plus petites actions qui auront le plus grand impact. Aussi, nous avons conscience que le changement passe par des étapes, qu’il n’est pas visible immédiatement. On va donc donner aux groupes le temps de se former et de grandir avant de passer à l’action.

Plutôt que de vouloir lancer un « Lausanne en Transition », on voit se développer des stratégies par quartier de vie, Chailly 2030 par exemple. Comme à Londres où il y a une quarantaine d’initiatives, il est plus simple de démarrer un projet collectif là où il y a une identité commune et où on peut se croiser par hasard sur un trottoir.

Utiliser et valoriser la diversité

La diversité est une des caractéristiques majeures de la résilience. Elle se traduit notamment par la présence d’une diversité de projet et d’approches. Par exemple, si on vise une autonomie plus grande pour les matériaux de construction, on pourra envisager de développer les compétences en autoconstruction pour les particuliers, en recyclage de matériaux, mais aussi la production de matériaux de base locaux en collaboration avec les agriculteurs, ainsi que la création d’entreprises spécialisées dans la mise en œuvre au moyen de ces matériaux. De la même façon, pour l’alimentation, les potagers et vergers urbains tenus par des particuliers se développent en synergie avec le développement de nouvelles entreprises de production, transformation et vente avec des cahier de charge visant plus de résilience locale et des bénéfices secondaires pour la collectivité. Mais la diversité se marque aussi par les personnes qui participent au projet, où l’on retrouve un mélange entre des personnes aux qualités complémentaires pour rêver les projets, les planifier, les réaliser ou encore les fêter. Mais aussi des personnes d’origine sociale différente, de milieu professionnel différents ou encore de culture différente. Pour construire un mode de vie post-croissance, bas carbone et plus heureux, nous avons besoin d’une grande diversité de points de vue et de compétences.

Ne produire aucun déchet

Dans le passé, il m’est arrivé à plusieurs reprise de me retrouver autour d’une table où on utilise beaucoup de temps à se demander comment être plus nombreux, à débattre sans fin pour prendre des décisions qu’on ne met pas en pratique ou encore à gérer (ou alimenter) des conflits avec d’autres personnes ou groupes qui ont pourtant des objectifs proche. L’énergie dont les groupes disposent est limitée, et pourtant on peut parfois y passer beaucoup de temps avec très peu de résultat. Les initiatives tentent donc d’éviter ce type de « déchets ». Elles utilisent leur temps pour des projets qui eux-même pourraient faire venir de nouvelles personnes, elles bâtissent des relations constructives avec les groupes qui le souhaitent, sans tenter de convaincre ceux qui ne le souhaitent pas. Le but étant de renforcer chaque démarche qui participe à sa façon à la transition.

Lorsqu’on arrive avec un projet de transition, il y a généralement d’autres associations qui sont actives depuis un certain temps. Il arrive qu’au lieu de vous accueillir comme des partenaires, elles soient sur la défensive, se demandant « pourquoi créer un nouveau projet alors que le nôtre aurait bien besoin de renforts ». On peut les comprendre. Au lieu d’entrer dans un rapport de compétition ou d’essayer de les convaincre absolument du bien fondé du projet de transition, ce qui gaspillerait beaucoup d’énergie et provoquerait de la frustration pour tout le monde, on va plutôt choisir de travailler avec les personnes ou organisations qui le souhaitent. Les partenariats se développeront comme un courant naturel quand chacun sera prêt pour ça.

Utiliser et valoriser les ressources et services renouvelables

On va essayer de travailler le plus possible avec les courants naturels, plutôt que de vouloir ramer à contre courant et forcer les choses. En pratique, cela consiste à prêter une attention à ce que le contexte semble prêt à accueillir, et à démarrer un projet lorsque des conditions suffisantes sont réunies pour une mise en place utilisant un minimum d’énergie et de persuasion. Par exemple, vouloir démarrer un projet de monnaie locale si les habitants, commerçants et autorités publiques n’y voient pas d’intérêt particulier demanderait énormément d’énergie, sans certitude de succès. Par exemple, les événements rendent parfois le contexte plus favorable au développement de l’économie locale, par exemple des licenciement de personnel dans une grande chaîne de magasin sont une mauvaise nouvelle pour ceux qui perdent leur emploi. Mais d’un autre côté, c’est une occasion de se rendre compte que ce type de magasin apporte moins à l’économie locale que ne le ferait un magasin indépendant, et cet événement pourrait donc faciliter ensuite l’initiation de projets qui renforcent l’économie et l’emploi local. Ce principe sera donc présent dans une attention à ce que le contexte est prêt à accueillir à ce moment là, aux opportunités. Quel prochain pas sera-t-il le plus adéquat, à ce moment là, dans la direction de la résilience.

Appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactions

Lorsque l’on acquiert une vision globale et complexe de la situation du monde, il y a un risque de finir par se considérer comme experts de la situation. De choisir les projets en fonction de cette expertise et d’expliquer leur bien fondé aux habitants. Et si les projets ne fonctionnent pas comme on le souhaite, de penser que « les gens ne comprennent rien ».

Au contraire, pour éviter une coupure entre la vision, les projet de transition et la perception des habitants, on va donc créer dans les initiatives des espaces où les habitants pourront nous faire savoir ce qu’ils pensent. Questionnaire d’analyse des besoins (papier, en ligne, dans le bulletin communal…), porte à porte, focus groupe, forum ouvert, soirées de présentation et réception de feedback, analyse des besoins du territoire… Chaque groupe trouvera la ou les méthodes qui lui conviendront. Les données collectées alimenteront la réflexion et le choix des projets à mettre en place. En fait, il s’agit d’inclure l’évaluation et l’évolution dans les processus de transition.

Obtenir un rendement

Un des éléments qui va encourager de nouvelles personnes à rejoindre une initiative de transition est « son rendement », c’est à dire par exemple que vos idées aboutissent à des réalisations concrètes et visibles. D’une part, ces réalisations vont multiplier la motivation chez les personnes impliquées, mais elles seront aussi l’occasion de fêter les avancées et d’augmenter la cohésion de groupe. D’autre part, elles montreront aux hésitants qui aiment l’action que le groupe de transition n’est pas là uniquement pour sensibiliser et discuter indéfiniment sans jamais passer à l’action.

Une autre façon de voir le rendement est aussi de récolter un maximum d’idées et de contacts lors des événements, par exemple avec des post-it ou sur des affiches. Ces idées pourront ensuite donner un meilleur rendement si au lieu de vouloir tout mettre en place par vous même, votre initiative joue plutôt un rôle de « support projet », c’est à dire qu’elle soutien les porteurs d’idées dans les premières étapes de la mise en place de celles-ci.

Intégrer plutôt que séparer

Dans notre culture, on a pris l’habitude de découper la réalité en différentes parties isolées, afin d’essayer de l’étudier de manière plus approfondie et analytique. Cette façon de faire a permis de nombreuses avancées scientifiques et le développement de notre mode de vie. Mais le problème de cette approche est que les spécialistes d’un domaine ne connaissent généralement rien des domaines voisins. Par exemple, la plupart des économistes sont formés à penser la croissance économique sans tenir compte des sciences physiques, biologiques, climatiques ou encore sociales. Ils se montrent incapables d’intégrer dans leur modèle la finitude des ressources, les dégâts sur les écosystèmes ou les effets sur les autres espèces vivantes. Avec toutes les conséquences que l’on observe aujourd’hui.

Au contraire, dans les initiatives de transition, on va vouloir intégrer plutôt que séparer. Cela nous invite à avoir une vision plus globale, qui intègre les différents points de vue. Ceux des habitants du territoire, des autorités, des acteurs de l’économie locale, des scientifiques des différentes disciplines, mais aussi ceux des autres formes de vie présentes sur notre planète, et de celles qui nous suivront.

Cela se traduit par exemple par la mise en place de partenariats. Parce que nous n’avons pas la prétention de tout mieux comprendre, d’avoir réponse à tous, d’avoir toujours les meilleures idées. Nous voulons rester à l’écoute et proposer des processus de travail collaboratif qui permette l’émergence de solutions locales, pour commencer. Par la suite, celles-ci se mettent en réseau et prennent une importance régionale, nationale, internationale… C’est un changement par la base, issu d’une dynamique inclusive.

Partir du général pour aller vers les détails

Le processus de transition a parmi ses ingrédients la création d’un plan d’action de descente énergétique, ou encore d’un plan d’action pour l’économie locale. Dans les deux cas, à partir d’une prise en compte lucide des défis locaux et globaux, le groupe de transition va élaborer une vision d’avenir : « Comment imaginons-nous un mode de vie d’ici qui soit soutenable, plus juste et plus heureux, dans des domaines comme l’alimentation, l’habitat, l’énergie, l’économie locale, l’éducation… » Ensuite, à partir de cette représentation globale d’un futur possible, on va planifier la mise en œuvre progressive et détaillée de cette vision, en étant attentif à garder la vision globale et stratégique qui donne du sens et une cohésion à chaque action.

Utiliser les interfaces (frontières) et valoriser les éléments en bordure

On sait qu’en permaculture, les frontières entre les systèmes sont des lieux intéressants. Dans les initiatives de transition, ces frontières se trouvent entre les mouvements existants, parfois très anciens, et les tendances nouvelles, qui ont collecté les expériences développées depuis des années pour créer à partir d’elles des approches adaptées à la nouvelle donne du contexte actuel. Ces frontières se trouvent aussi entre les groupes qui portent le changement et les autorités locales, qui ont des leviers puissants qu’ils peuvent utiliser pour nous soutenir. Frontières avec le monde des entreprises qui peut accélérer le changement en transformant l’économie locale. Frontières entre les plus jeunes, fougueux, optimistes et pleins d’énergie, et les plus âgés, plus expérimentés, qui ont vécu des réalités plus sobres en énergie et peuvent les partager.

Utiliser le changement et y réagir avec créativité

Si en transition, on part d’une vision positive de l’avenir pour planifier la descente énergétique, qu’on fait des plans d’actions pour développer une économie locale plus vivante, résiliente et saine… Il reste malgré tout important de garder une vision ouverte, active et créative. De ne pas s’accrocher à nos plans de façon rigide, mais de les évaluer, les adapter au contexte et de saisir les opportunités non planifiées qui vont faciliter notre action. Par exemple, la décision du gouvernement belge de prévoir la possibilité d’un programme de délestage pendant l’hiver 2015 est une opportunité à saisir. Le sujet étant d’actualité, c’est un bon moment pour apporter du débat, des propositions et actions concrètes sur les questions énergétiques. C’est un bon moment pour mettre en lumière le gaspillage énergétique généré par notre mode de vie et proposer des trajectoires qui donnent la priorité à la sobriété énergétique et au mieux vivre ensemble.

Développer la permaculture au cœur de la société, pour la changer !!

Certaines initiatives ont des groupes de travail ou des projets explicitement basés sur l’approche permaculturelle.

Les permaculteurs apportent un réel plus à la dynamique de transition, de par leur lecture du monde et leur pratique des principes éthiques et de conception qui sont au cœur de la démarche de transition. Le dernier livre de Rob Hopkins, « Ils changent le monde », met en avant que la Transition porte le pouvoir du passage à l’action, de la réalisation de projets concrets et inspirants. Autant de terrains d’aventure collective, d’expérimentation et de créativité pour les permaculteurs qui peuvent en y participant donner au mouvement qu’ils affectionnent une plus grande place dans la société.

Les caractéristiques des systèmes résilients

Caractéristique Description
Rétroaction directeLe système sait rapidement ce qui se passe à l’intérieur de lui-même et peut y répondre
DiversitéLa diversité doit être présente et soutenue dans tous les domaines : écologiques, sociaux et économiques.
ModularitéLes sous-systèmes sont indépendants ou non surconnectés – si l’un a un problème, ils ne souffrent pas tous ensemble.
Variabilité écologiqueLes écosystèmes changent constamment. Toute tentative visant à limiter ou prévenir les changements est généralement désastreuse. Il est sage de comprendre la variabilité d’un système.
Comprendre les variables lentesLes variables plus lentes sont souvent la clé de la compréhension d’un système. Elles déterminent les seuils qui peuvent conduire le système à basculer dans un nouveau régime.
Capital socialUn monde résilient valorise la confiance, les réseaux sociaux bien développés, et l’adaptabilité. La résilience est étroitement déterminée par la capacité des gens à réagir et à travailler ensemble.
InnovationUn système résilient met l’accent sur ​​l’apprentissage, l’expérimentation, les règles élaborées localement, et embrasse le changement.
Chevauchement dans la gouvernanceDes institutions qui incluent de la redondance dans les structures de gouvernance, et des chevauchements dans les biens communs et privés avec chevauchement des droits d’accès.
Valoriser les services des écosystèmesNous devons apprendre à valoriser les « services » rendus par les écosystèmes. La terre n’est pas une source illimitée de matériaux ni un dépotoir.
Les êtres humains ont des connexions diverses entre eux et avec tous les êtres vivants. Ces connexions sont visibles et invisibles, intérieures et extérieures.Tous les liens avec notre monde, qu’ils soient visibles, invisibles, internes ou externes… sont acceptés comme parties intégrantes et implicite de notre compréhension et de nos pratiques. Nous devons explorer ces liens avec les autres personnes ainsi qu’avec toute forme de vie, et aider les autres à en faire prendre conscience.