Pas de quarantaine pour les esprits de la Transition

Récit par Martin Gunn

Ce lundi (mais tous les jours se ressemblent depuis que le monde est sur « pause »), je me dépêche de finir mon travail au potager, car je sais que, à 14h, je participe à une vidéo-conférence avec des actrices et acteurs du réseau mondial Transition Network[1]. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre en me connectant pour la première fois sur Zoom ; je clique d’un doigt hésitant sur le lien qu’on m’a fourni et suis immédiatement projeté dans les méandres de l’Internet pour atterrir au milieu d’une joyeuse mosaïque de visages : des femmes et des hommes de plus de vingt pays autour du monde sont ici réuni·es pour échanger leurs impressions et leurs idées sur la situation exceptionnelle que nous vivons (et il y a même Rob Hopkins en personne !) D’étudiantes à retraités, la palette des participant·es est variée, colorée, bigarrée.

En cette période particulière où les manifestations, les formations et les réunions de travail ont dû être annulées ou ajournées, le Réseau Transition n’abandonne pas pour autant une de ses tâches primordiales : prendre soin de ses membres. La présente réunion est donc un espace pour se relier, pour partager notre ressenti et les changements en cours ; un espace où nous pouvons nous écouter activement malgré la distance, exprimer ce que la situation signifie, individuellement et collectivement, pour les personnes qui agissent pour le changement positif à travers le monde ; un espace pour s’exprimer, partager ses doutes, ses craintes ou ses espoirs, pour échanger, rire ou pleurer.

Pour éviter une cacophonie à plus de septante voix, la séance est intelligemment orchestrée : après une brève introduction suivie d’une séance de méditation collective, nous sommes réparti·es en une dizaine de groupes pour échanger autour de deux questions :

  • Q1 : Quel est l’impact de la pandémie de Covid-19 sur moi, mon entourage et mon travail ?
  • Q2 : Quelles sont les réactions que j’observe chez moi, dans mon entourage et mon travail ?

Les réponses sont multiples et variées : l’incertitude se mélange à l’espoir, la peine pour les gens qui souffrent n’empêche pas la réjouissance de voir la Nature respirer un peu. Comme souvent malheureusement, ce sont les petits commerces et les modestes entreprises familiales qui souffrent le plus de la crise économique. Beaucoup prennent le temps de se reconnecter à elles·eux-mêmes et aux autres, à organiser leurs idées, construire du lien pour devenir plus fort·es et résilient·es. La situation de crise exacerbe peut-être nos forces et nos faiblesses, nous tire vers l’anxiété ou nous pousse vers la solidarité, la coopération et l’action. L’extraordinaire exhorte les gens à l’être aussi, à faire preuve de créativité et d’inventivité.

Celles et ceux qui rêvaient d’un monde décroissant sont peut-être en train de le vivre et souhaitent nous voir continuer dans cette direction, même après la pandémie. Ils et elles réfléchissent déjà à des campagnes pour montrer que les solutions décroissantes qui fonctionnent en temps de crise sont aussi valides en temps normal.

Si vous aussi vous bouillonnez de colère, êtes pétrifié·es d’angoisse ou trépignez d’impatience, prenez le temps, avec la ou les personnes de votre choix, de répondre à ces deux questions. Avant de passer à l’action ou de penser à l’ « après-corona », marquez un temps d’arrêt pour accueillir vos émotions, les partager avec votre entourage et créer du lien. Enfin, quand vous aurez identifié ce qui vous meut et vous émeut, alors vous pourrez penser à rejoindre une initiative de Transition parmi toutes celles qui sont listées ici.

Le Monde s’est arrêté, mais pas la Transition.

[1]   https://transitionnetwork.org/news-and-blog/connecting-transitions/