Time to Breathe #3

Récit par Martin Gunn

Le 15 avril, cette troisième édition en ligne de Time to Breathe réunissait plus d’une soixantaine de personnes, contre plus de cent-cinquante à la précédente. Le mouvement de respiration collective serait-il en train de s’essouffler ? Que nenni ! Au contraire, grâce au répertoire partagé des initiatives, les gens ont commencé à se regrouper par région ou par intérêt. Car la force de Time to Breathe, c’est de constituer une sorte de métagroupe, une espèce de trame commune autour du coronavirus, destinée à relier et synchroniser les différents collectifs existants – peut-être paralysés par les mesures de confinement – pour générer une lame de fond. Ainsi, on retrouve aujourd’hui des représentant·es du Réseau Transition, d’Extinction Rebellion, de l’Université du Nous, des Colibris et bien d’autres.

Cette réunion commence par un moment de méditation collective, l’occasion de s’ancrer fermement dans le moment présent, de penser à la souffrance des autres (nos aîné·es dans les maisons de retraites, les réfugié·es entassé·es dans les camps, nos proches…), mais aussi de se reconnecter à soi-même, aux autres participant·es, à la vie sous toutes ses formes et bien sûr, vous l’aurez deviné, de prendre le temps de respirer. Puis nous entrons dans le vif du sujet : transformer nos espoirs et nos craintes, créer des cercles de parole et d’échange et constituer une mosaïque d’idées.

Le groupe de réflexion que j’anime s’est constitué autour de l’économie. Car plutôt que d’essayer de sauver un système capitaliste sur le point de s’effondrer, nous préférons imaginer une économie post-corona résiliente et réellement au service de l’humanité. Et là, les idées fusent : un revenu de base inconditionnel pour assurer à toutes et tous un niveau de vie digne ; des monnaies locales complémentaires pour renforcer l’économie locale et les circuits courts ; le plafonnement des salaires pour réduire les inégalités ; une monnaie libre qui appartient au peuple et pas aux banques ; la réduction du temps de travail, conséquence logique de notre course à l’automatisation et la robotisation de nos vies ; une taxe sur les transactions financières ; la fonte de la valeur monétaire, qui annule tout intérêt à l’accumulation et favorise la circulation des richesses ; et même la constitution d’un organisme international indépendant pour protéger la Nature contre les crocs avides du capitalisme !

Beaucoup de ces idées ne sont pas nouvelles, mais jusqu’à présent, elles n’ont pas suscité assez d’attention de la part de nos dirigeant·es. Est-ce que la crise actuelle serait justement l’occasion de réinventer notre économie bancale au service des actionnaires ? Si vous avez perdu confiance en notre gouvernement, n’attendez pas pour rejoindre un SEL[1] près de chez vous, participer à la mise en place d’une monnaie complémentaire, ou toute autre initiative citoyenne ici !

 

[1]   Système d’Échange Local ; un échange de biens et de services sans argent, où votre temps a la même valeur que celui des autres !