Un temps pour respirer

Récit par Martin Gunn

Paradoxalement, le virus qui affecte nos voies respiratoires nous offre du temps pour respirer. En tout cas, c’est ce que nous invite à faire Vincent Wattelet[1], qui a lancé le mouvement « Time to breathe ». Le 1er avril, lors d’une deuxième visioconférence réunissant près de 150 personnes venant de Belgique, de Suisse et de France, il nous encourage à prendre un temps pour respirer et s’ancrer dans l’instant présent. Time to Breathe a également pour objectif de répondre à un besoin de reliance en cette période d’isolement et nous propose de prendre le temps de (s’)observer et d’amorcer notre transition intérieure, personnelle, afin de permettre un changement de cap collectif.

Dans un contexte de crise bordée d’un halo d’espoir, la réflexion s’articule autour d’une problématique : que faire aujourd’hui pour éviter le retour à la normale après la pandémie, ou pire, un effet rebond ?

Mais avant de se focaliser sur l’action, Vincent fait appel à notre imaginaire et nos émotions pour nous guider dans la création de liens afin de bâtir un réseau dense et rassurant, tel le mycélium des forêts. Cela se fait lors d’un partage par petits groupe autour de deux questions :

  • Q1 : Qui suis-je et quel est l’élan qui me porte jusqu’ici ?
  • Q2 : Qu’est-ce que cette crise transforme ou pourrait transformer en moi, qui soit souhaité ou redouté ?

La troisième question, plus pragmatique, nous invite à imaginer la suite, échanger des idées et des projets, existants ou non :

  • Q3 : Qu’est-ce que j’ai envie de faire, quels projets ai-je envie de porter ?

Cela aboutit finalement à la création en ligne d’un catalogue de projets nés en réaction à la crise liée au coronavirus, une sorte de place du marché des initiatives de Transition, qui permet de stimuler les esprits, motiver, fédérer, recruter.

Car derrière la vision sinistre d’un monde qui périclite apparaît en filigrane l’espoir d’un renouveau. Les hommes et les femmes, plus que jamais divisé·es et isolé·es, sont relié·es par la force d’un destin commun, des responsabilités partagées et l’envie de réenchanter notre société.

Le monde des humains semble aujourd’hui enfin réaliser ses faiblesses et ses travers. Mais cette prise de conscience sera-t-elle contextuelle et donc passagère, ou durable, permanente ? Voulons-nous un retour à la normale, un monde « comme avant », ou saisir l’occasion d’en bâtir un meilleur ? Prenons un temps pour y réfléchir. Prenons un temps pour respirer.

 

[1]   Vincent Wattelet, psychologue systémicien, est membre de l’équipe du Réseau Transition Belge. Il est aussi un ami proche du Réseau Transition Suisse et a notamment animé une formation « Lancer une initiative de Transition » à Bienne.