Réflexion internationale d'avril

Récit par Martin Gunn

Organisée par Extinction Rebellion Suisse (XR Suisse) et l’association des Étudiant·es pour le développement durable (EDD) de l’Université de Genève, cette série de quatre conférences vise à exposer des solutions sociales devant la crise socioéconomique liée au coronavirus. Elle est l’occasion également de rappeler les trois revendications de XR :

  • Que les gouvernements et les médias transmettent la vérité sur la réalité environnementale actuelle ;
  • l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes et la diminution des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre un bilan nul d’ici 2025 ;
  • la mise en place d’une assemblée citoyenne pour aider le gouvernement à mettre en œuvre ces revendications.

 

Jour 1 : pourquoi allons-nous vers notre extinction et comment l’éviter ?

Premier intervenant de cette conférence réunissant plus de cent dix personnes, Jacques Dubochet, professeur émérite du Département écologie et évolution de l’Université de Lausanne et prix Nobel de chimie en 2017, nous rappelle cette amusante colle qui ne manque jamais de piéger même les esprits les plus vifs. Sur un étang, une jacinthe d’eau double de taille chaque jour. Le vingtième jour, elle couvre la totalité du plan d’eau. Question : quel jour couvrait-elle la moitié de l’étang ? Si vous avez répondu « le dixième jour », réfléchissez encore. Si vous avez répondu « le dix-neuvième jour », vous avez compris ce qu’est une croissance exponentielle et vous saisissez donc le rythme effrayant de l’augmentation de la température moyenne sur Terre. L’anomalie de température, comme on la qualifie, suit une loi exponentielle qui double sur une période de 28 ans. Ainsi, en 2027, nous aurons atteint l’augmentation critique de +1,5 °C par rapport à l’ère pré-industrielle, seuil au-delà duquel les conséquences sur le climat sont imprévisibles. En 2040, le réchauffement aura atteint +2 °C, environ +4 °C en 2070 et plus de 8 °C d’ici la fin du siècle. Vous l’aurez compris, la situation est catastrophique. Ça, c’est pour les mauvaises nouvelles. La bonne, c’est que cette augmentation est directement liée à la concentration du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, qui découle elle-même de notre consommation de combustibles fossiles. En effet, ces deux phénomènes (augmentation du CO2 et consommation de combustibles fossiles) augmentent chacun de manière exponentielle avec une période de doublement de 30 ans. CQFD ! Par conséquent, si nous cessons de consommer des combustibles fossiles, nous ralentissons l’augmentation de la température moyenne. Et nous devons le faire MAINTENANT ! Parce que si nous attendons ne serait-ce que quelques années, alors nous dépasserons le point de basculement et se déclencheront des boucles de rétroaction irréversibles infernales : la glace des pôles fond, la lumière du soleil auparavant réfléchie par cette glace ne l’est plus et réchauffe la Terre et l’atmosphère, accélérant encore la fonte des calottes, etc. Une autre ? Une température élevée favorise l’ignition et la propagation des feux de forêts (pensez un instant à l’Australie fin 2019), les arbres qui brûlent se transforment en dioxyde de carbone relâché dans l’atmosphère, augmentant l’effet de serre et donc l’élévation de la température, et ainsi de suite.

Simeon Max, spécialiste des impacts environnementaux au Crowther Lab de l’EPFZ, nous informe que nous émettons chaque année dix gigatonnes (Gt) de CO2 dans l’atmosphère (pour vous imaginer, dix gigatonnes, ça fait… beaucoup ! Vraiment beaucoup !) Certes, les océans et les sols en absorbent une partie, mais il subsiste néanmoins une quantité sans cesse croissante de CO2 dans l’atmosphère, équivalente aujourd’hui à plus de 305 gigatonnes, et qu’il nous faut absolument capter. Et pour cela, c’est simple : il nous faut cesser de consommer des carburants fossiles et planter des arbres ! Ses recherches ont effectivement montré que la terre a le potentiel de capter une partie de l’excédent mortel de carbone que nous avons relâché, à condition que nous restaurions et préservions près de 900 millions d’hectares (environ la surface du Brésil) de forêts, de prairies, de marais et de tourbières. Pour assurer le développement des écosystèmes restaurés, il faut éviter la monoculture, favoriser la biodiversité, les espèces locales adaptées au conditions et intégrer les communautés locales, qui doivent en bénéficier. En outre, il est indispensable de protéger et conserver les écosystèmes existants. Chaque arbre compte, il en va de notre survie !

 

Mais si vous n’avez pas de bêche, comment convaincre votre gouvernement ou vos concitoyen·nes d’arrêter l’exploitation des ressources fossiles et de conserver et restaurer ces précieux écosystèmes ?

Oriane Sarrasin, maîtresse assistante en psychologie sociale à l’Université de Lausanne, nous démontre que la désobéissance civile est une stratégie d’influence sociale efficace. En effet, dans une société dominée par une majorité au pouvoir (une élite politique ou économique) et une majorité silencieuse (une majorité numérique, le peuple, par exemple), une influence minoritaire mais plus persistante est capable de créer un conflit socio-cognitif dans l’esprit des majorités. Contrairement à l’influence éphémère d’une majorité, typique des fameuses expériences de Milgram ou de Asch, cette influence minoritaire est latente, génératrice d’une réflexion. À condition de véhiculer un message constant dans sa substance et dans le temps, en évitant d’adopter une position rigide qui pourrait être perçue comme dogmatique, la désobéissance civile non-violente est donc un moyen efficace de générer une véritable réflexion et d’amorcer un changement profond de société.

 

Forte de cet appui théorique, Payal Parekh, stratégiste en changement social, nous indique la voie pratique pour la mise en place de ces actes de désobéissance civile.

Premièrement, il s’agit de modifier notre conception du « pouvoir sur » en une vision du « pouvoir avec », qui ouvre le champ des actions collectives pour gagner de l’influence basée sur la solidarité et la coopération, sans oublier notre « pouvoir intérieur », la force peut-être sous-estimée de nos convictions et de nos intentions.

Deuxièmement, l’oratrice nous rappelle que, si le gouvernement a du pouvoir, c’est parce que nous le lui donnons : le peuple constitue les piliers du pouvoir et que celui-ci s’effondre si nous cessons de coopérer, notamment au travers d’actes de désobéissance civile.

Troisièmement, nul besoin de rallier tout le monde à notre cause pour atteindre nos fins ; il peut suffire de convaincre des indécis·es  à devenir des allié·es passif·ives, ou des allié·es passif·ives à devenir actif·ives. Cela se fait en offrant une large palette d’actions possibles sur l’échelle de l’engagement, depuis la signature d’une pétition ou d’une initiative à une action de désobéissance civile, en passant par une donation ou une marche dans la rue. Il suffit d’ailleurs que 3,5 % de la population participe activement aux protestations pour assurer un changement politique radical. Enfin, la science démontre que les actions non-violents ont deux fois plus de chance d’aboutir que les actions violentes. Alors, envie de changer le monde ? Rendez-vous dans la rue !

 

Si vous n’êtes pas encore prêt·e à vous coucher au milieu d’une autoroute ou à vous enchaîner à un pont, rejoignez une des nombreuses initiatives de la Transition ici !