Alexandre Copertino

« Je cherche à rendre l’avenir plus désirable que celui que l’on nous promet »

 

Naturaliste calme et réfléchi, Alexandre Copertino observe son Valais natal à la loupe des engagements de sa population. Il a fondé Alternati’Valais pour fédérer les différents mouvements militants sur les fronts du climat et de la justice sociale.

Par Muriel Raemy

Réseau Transition Suissen Romande - portrait_alexandre_copertino

Alexandre, pourquoi avoir mis sur pied Alternati’Valais ?

Un festival me semblait être un bon outil pour nourrir le militantisme au sein de mon canton. J’ai participé à de nombreuses luttes et la convergence des revendications dans le contexte de la grève nationale au mois de mai dernier – « strike for future » – s’est montrée particulièrement criante : le manifeste national rédigé pour ce moment-là a réuni toutes les causes autour de l’égalité pour toutes et tous et d’une neutralité carbone la plus rapide et la plus juste possible.

Je navigue de longue date dans le milieu associatif et les différents groupes ont tendance à élaborer leurs propres stratégies dans leur coin, à réinventer la roue à chaque fois : un énorme gaspillage d’énergie et de savoirs ! J’avais envie de fédérer les forces : le premier contact passé, réfléchir à comment s’entraider pour faire émerger les résultats souhaités et créer véritablement les conditions qui permettront les changements pour lesquels elles et ils luttent.

Un grand réseau de bénévoles s’est tissé autour de ce festival des alternatives. Qu’avez-vous proposé concrètement ?

Des ateliers, des conférences, des zones de rencontre pour discuter et expérimenter l’habitat léger, les énergies low-tech, l’éducation et les écoles en natures, les monnaies alternatives, etc. Nous avons rêvé un Valais solidaire, libéré du diktat du tourisme, avec des circuits alimentaires courts : bref, de nous réapproprier des biens communs et encourager les investissements communautaires. Les échanges d’expériences au niveau de l’individu ou du groupe font avancer tout le monde et permettent des perspectives différentes sur notre tissu local. Certains groupes remarquent également qu’au-delà des valeurs, des compétences de planification, de résolution de conflits, de communication consciente sont nécessaires pour arriver au but fixé. Ce genre d’événement met la force du collectif au centre.

Tu dédies une part énorme de ton temps au bénévolat : une critique de système économique capitaliste ?

En partie, seulement. Je dirais plutôt que j’ai toujours fonctionné ainsi. J’observe la nature depuis tout petit, je la photographie et m’investis dans un groupe de jeunes ornithologues. Je n’avais pas trouvé, jusqu’à maintenant, une activité où je puisse continuer à faire ce que j’aime tout en étant rémunéré. Mais c’est en train de changer : je viens de rejoindre une coopérative, Oessor, qui accompagne les entreprises dans leur transition vers une économie équitable, plus sociale et plus stable. Nous cherchons des associés·es afin d’élargir les compétences disponibles pour ce nouvel « essor ». Pour ma part, j’y agis au niveau de la gouvernance partagée et de la communication non violente.

Une anecdote avant de terminer.

Nous nous sommes rencontrés lors de l’atelier « l’imagination au pouvoir » avec Rob Hopkins, organisé par le Réseau Transition Suisse Romande en juin dernier. Lors d’un exercice où nous répondions à nos idées respectives pour l’organisation d’un pique-nique par « oui, et »le « mais » étant banni du dialogue – nous avions réinventé la fête nationale suisse tout en planifiant l’autonomie alimentaire et écologique de l’agriculture à l’échelle du pays.

Une révélation pour beaucoup de participantes et participants à cet atelier : nos idées ou propositions n’ont rien d’utopistes ! Revenir au petit, à la dimension locale, où la population puisse s’engager de manière concrète et cohérente, se réapproprier les outils de gouvernance, échanger de manière consciente : c’est le moteur des changements sociaux que nous souhaitons. Passer par l’imagination et la mise en réseau est très puissant. Je cherche à rendre l’avenir plus désirable que celui que l’on nous promet. Je ne suis pas optimiste, l’avenir qu’on nous dépeint est très compliqué mais je refuse de me résigner.

Entretien réalisé par Muriel Raemy. Découvrez d’autres entretiens et articles sur son site en espoir de cause.

Lien vers Alternati’Valais : alternativalais.ch