Riviera en Transition

Lentement, mais sûrement

Il y a de cela à peu près deux ans s’est créé le Réseau Transition Riviera. Celui-ci regroupe plus d’une vingtaine de collectifs et associations engagé·es dans la transition écologique sur la Riviera et agissant dans des domaines aussi variés que la permaculture, l’échange non-monétaire, la réparation de vélos, l’organisation d’événements culturels alternatifs ou la vente de produits locaux et biologiques. Les buts de ce réseau sont de permettre aux citoyennes et citoyens intéressé·es d’élargir leurs connaissances de ce qui se fait dans la région, de créer des synergies inter-associatives et de mettre en avant des revendications communes, notamment auprès des autorités. Jusqu’à maintenant, plusieurs réunions ont été organisées, centrées sur la rencontre et la découverte des différents membres du réseau et sur l’analyse des besoins partagés au niveau de la région.

Le premier constat fut que, dans l’ensemble, les associations manquaient d’un endroit où se réunir et tenir leurs activités. Nous avons donc mis en place un projet de local partagé, financé par la commune de Vevey. Cet endroit aura pour vocation d’accueillir les réunions et activités des collectifs locaux engagés pour la transition écologique. Ce sera le premier lieu exclusivement consacré à ce type d’activités dans la région et il ne fait aucun doute qu’il sera largement porteur de nouvelles possibilités de développement d’initiatives de transition écologique et de renforcement du tissu social local. Ce projet permet en outre d’asseoir la nécessité d’établir une organisation inter-associative pour mettre en commun les ressources en termes humains, matériel et financiers afin de soutenir les actions.

Ce local devait ouvrir ses portes en mai, mais la démarche se trouve ralentie par la crise sanitaire liée au Covid-19. Cependant, le réseau est habitué à travailler sur le long terme. En effet, un projet de ressourcerie* est en cours depuis 2015, un jardin permaculturel pédagogique partagé est en construction depuis 2017, un projet d’épicerie coopérative est en gestation depuis 2018, et le projet de local lui-même est une idée qui a longuement mûri avant de finalement bourgeonner et arriver à maturité. Un ralentissement de l’ordre de quelques mois n’est dès lors pas très inquiétant pour la pérennité et le suivi de ces projets. C’est l’un des signe de la résilience d’un réseau qui s’est patiemment tissé au fil des ans et qui est à l’épreuve des crises en poursuivant ses buts à son rythme, lentement mais sûrement.

Ce qui se passe met à l’épreuve et valide un long apprentissage de patience, de vision à long terme et de travail au maintien et à la stabilité d’organisations comme la nôtre. Accepter que les projets ont leur propre rythme lié à l’environnement dans lequel ils évoluent et aux ressources à disposition est indispensable pour tenir sur le long terme. Ce n’est pas sans rappeler les règles inhérentes aux écosystèmes où plantes et animaux se doivent de suivre un certain rythme et un certain cycle sous peine d’épuisement et de disparition. C’est également vrai pour l’animal humain ; cette crise nous rappelle aux impératifs du vivant et aux conditions d’émergence d’un rythme de vie adapté et soutenable sur le long terme.

Colin Wahli, La Riviera, le 8 avril 2020

 

*Une ressourcerie est un lieu de collecte d’objets usagés et de matériaux dans un but de réutilisation, de revalorisation ou de recyclage.